Goumois, perle Franco-Suisse de la vallée du Doubs

Histoire

Goumoens,
Un lieu où les ruines du Château de Franquemont témoignent aujourd'hui du passé prestigieux d'une petite seigneurerie âprement convoitée par les Princes-Evêques de Bâle et les Princes de Würtemberg, sans cesse assaillie, aux marches du Royaume de France.

En 1912, F. Albin Perret écrit ceci :
"En 1304, le Comte de Bourgogne et sa femme, fille d'Amédée de Neuchâtel, donnent par acte à "messire de Montfaucon leur ville de Goumoens sur la rivière du Doubs près de Mesche".

Le chateau fort de Franquemont se trouvait au milieu des rochers de la rive droite. Ce donjon, bâti en 1305 passa dans différentes familles dont celle du baron de Gilley, écuyer de Charles-Quint. En 1594, le comte de Montbéliard en fit l'acquisition, tout en reconnaissant que l'évêque de Bâle en restait le suzerain. Plus tard , en 1780 le Prince -évèque céda à la France ses terres d'outre Doubs. "

Goumois,
un lieu singulier aujourd'hui à cheval sur la frontière entre France et Suisse, un village définitivement divisé en deux communautés par le traité de Vienne en 1815 et qui a su conserver son unité autour de son église et de son unique cimetière.

Le Goguere, petite histoire de chez nous...

Le Doubs, à sa limite du plateau des Franches-Montagnes, forme une vallée étroite dont l’aspect est féerique. Vers la rivière, la vue est sauvagement belle, le caprice de la nature a dessiné par endroits des sillons formidables sur les bords desquels s’élèvent des parois de rocher d’une hauteur vertigineuse. Par ailleurs, la vallée, très étroite, ne reçoit les rayons du soleil que quelques heures pendant les mois d’été. L’humidité constante régnant dans ces parages entraîne une végétation extraordinaire de mousse et de plantes grimpantes qui couvrent le sol et s’attachent aux arbres, donnant à certains endroits de la forêt, presque impénétrable, l’aspect d’une forêt vierge. Dans ces profondeurs la solitude est complète, le silence n’est troublé que par le bruit d’aile du martin-pêcheur ou le cri strident de quelque oiseau fuyant à la vue de l’épervier. Le tremblement de terre, qui se produisit dans la nuit du 18 au19 octobre de l’année 1356, s’étendit dans toute l’ancienne Rauracie, il se fit sentir jusque dans la vallée profonde qui sépare la Suisse de la Franche-Comté et au fond de laquelle coule le Doubs. Au fond de la gorge sauvage appelée le Bief d’Etoz (sur France) et La Goule (sur Suisse) sont entassées des ruines gigantesques: ce sont les débris de la montagne qui s’est écroulée en cette nuit mémorable. Des blocs énormes ont roulé dans le lit de la rivière et offrent, aujourd’hui encore, le coup d’œil le plus pittoresque. Ces amas de terre et de rochers ont formé une digue qui a élevé les eaux bien au-dessus du niveau primitif et l’écoulement de cette masse d’eau a peu à peu ramené le plan actuel, mais il n’a subsisté, bien au fond de la vallée, qu’un passage très étroit dans lequel le Doubs pénètre en mugissant. Ce passage est précisément celui qui prend le nom de La Goule et de Bief d’Etoz.

Des légendes variées règnent dans cette région d’aspect si sauvage. Les animaux fantastiques les plus drôles ont habité ces lieux, semant à leur gré bonheur ou malheur et laissant place dans la tradition à une série de contes, gais ou lugubres. Au milieu des rapides, un peu plus haut que le Moulin-Bas du Bief d’Etoz, on voit un rocher qui reproduit l’image assez grossière d’une tête percée de deux ouvertures figurant des yeux énormes. C’est, dit-on, la tête de Pilate jetée en ce lieu par la vengeance céleste, pour être lavée jusqu’à la fin du monde, au milieu du fracas mugissant des flots. On trouve la « Roche Tournante »à laquelle est fixée une image de la Vierge. La légende veut qu’ainsi qu’un dolmen, cette roche tourne sur elle-même en certaines circonstances.

Non loin du bord de la rivière on aperçoit la Chapelle du Bief d’Etoz dédiée à la Vierge et fondée en 1692 par Jaques Rondot.

Messire Rondot monté sur un cheval fougueux, descendait le chemin rapide qui conduit de Charmauvillers au Bief d’Etoz ; arrivé à mi-côte, le cheval s’emballa et désarçonna son clavier, le jetant violemment contre un rocher. Jaques Rondot tomba au fond du vieux chemin que l’on aperçoit à l’endroit appelé aujourd’hui Le Saut-de-Messipierre. Il fit spontanément vœu d’élever un sanctuaire à Marie s’il guérissait. Le miracle s’étant accompli, il s’acquitta de sa promesse. La petite chapelle qui existe de nos jours attire bon nombre de pèlerins des populations frontières de la France et de la Suisse.

A mi-chemin, en se dirigeant vers la chapelle, les pèlerins s’arrêtent vers un rocher formant saillie et sur lequel on aperçoit des amas de petites pierres. Ce sont des Goguerés (ou morceaux de témoignages. Le pèlerin croit que tout lui réussira s’il peut en passant jeter une petite pierre sur cette roche inclinée et si cette pierre y demeure.

La jeune princesse d’Esterhazy, qui s’était enfuie du château de son père à la suite de son refus d’épouser  l’élu de son cœur.
Un matin, sortant en compagnie du Dr Rondot, elle lança une pierre au Gogueré et, quelques jours après, son fiancé venait la rejoindre avec l’autorisation, concédée par le prince d’Esterhazy, de l’épouser.

Depuis lors le portrait de la jeune princesse se trouve parmi les ex-voto de la chapelle.
Les jeunes fiancées qui vont prier au Bief d’Etoz, et qui connaissent cet événement historique, n’omettent jamais de jeter une pierre à la place traditionnelle afin de savoir si elles se marieront dans l’année.